AGADIR 30 mars 1912 (extrait de livre le désert)
alors ils sont venus pour la derniére fois ,ils sont apparus sur la grande plaine ,prés de la mer ,à l'embouchure du fleuve,Ils venaient de toutes les directions,
ceux du Nord,les Ida ou Trouma ,les Ida ou Tanane,les Aït Daoud, les Meskala, les Aït Hadi, les Ida ou Zemzen, les Sidi Amil, ceux de Bigoudine, d'Amizmiz,d'Ichemraren,
Ceux de l'Orient,au-delà de Taroudant ceux de tazenakht,d 'Ouarzazate , les Aït kalla, les Assarag, les Aït kedif, les Amtazguine,les Aït toumert , les Aït youss, Aït Zarhal,Aït oudinar,Aït moudzit ,ceux des monts Sarhro, des monts Bani ceux des rivages de la mer, d'Essaouira jusqu'à Agadir la fortifiée,
ceux de Tiznit, d'Ifni, d'Aoreora,de Tan-tan,de Goulimine,les Aït Melloul, les Lahoussine,les Aït Bella , Aït Boukha ,les Sidi Ahmed ou Moussa,les Ida Gougmar,les Aït Baha;
et ceux du grand Sud surtout, les hommes libres de désert, les Imraguen,les Arib,les Oulad Yahia, Olad Delim,les Aroussiyine, les Khalifia, les Reguibat Sahel,les Sebaa,les peuples de langue chleuh,les Ida ou Belal Ida ou Merbat,les Aït ba Amran,
Il se sont réunis sur le lit du fleuve,si nombreux qu'ils recouvraient toute la valée.Mais ce n'etaient pas des guerriers,pour la plupart.C'etaient des femmes et des enfants,des hommes blessés,des vieillards,tous ceux qui avaient fui sans cesse sur les routes de poussiére,chassés par l'arrivée des soldats étrangers, et qui ne savaient plus où aller.la mer les avaient arrêtés ici,devant la grande ville d'Agadir.
pour la plupart, ils ne savaient pas pourquoi ils étaient ici,sur le lit du fleuve souss,Peut-être que c'étaient seulement la faim,la fatigue,le désespoir qui les avaient conduits là ,à l'embouchure du fleuve ,devant la mer .Où pouvaient-ils aller ?Depuis des mois ,des années,ils erraient à la recherchent d'une terre,d'une riviére,d'un puits où ils pourraient installer leurs tentes et faire leurs corrals pour leurs moutons .Beaucoups etaient morts,perdus sur les pistes qui ne vont nulle part,dans le désert ,autour de la ville de Marrakech,où dans les ravins de l'oued Tadla.
Depuis des jours les gens du désert étaient ici ,au sud de la ville fortifiée ,et ils attendaient quelque chose,Aux tribus des montagnes s'étaient mêlés les derniers guerriers de désert,chaque jour ,les hommes du désert regardaient vers la citadelle,là où devait apparaître Ahmad el hiba
Alors,le matin, la rumeur s'est propagée à travers le campement:<Moulay hiba ,Moulay Sbaa,le lion! Notre roi! Notre roi ! <des coups de feu ont claquè,et les enfants et les femmes ont crié en faisant grelotter leur voix. La foule s'est tournée vers la plaine poussiéreuse, et les cavaliérs du cheikh, envellopés dans un nuage rouge.
la foule des guerriers a couru au -devant des cavaliers,en déchargeant vers le ciel leurs carabines à longs cannons.
C'etaient ,pour la plupart,des hommes des montagnes,des chleuhs vêtus de leurs manteaux de bure,des hommes hirsutes, aux yeux flamboyants.ils venaient de leurs champs ,de leurs villages
puis les cavaliers disparaissaient vers l'autre bout de la plane, vers les rempart d'AGADIR
Quand ils ont entendu le bruit des canons pour la première fois, les hommes
bleus et les guerriers se sont mis à courir vers les collines, pour regarder la
mer. Le bruit ébranlait le ciel comme le tonnerre. Seul, au large d'Agadir, un
grand bateau cuirassé, pareil à un animal monstrueux et lent, jetait ses
éclairs. Le bruit arrivait un long moment après, un roulement suivi du bruit
déchirant des obus qui explosaient à l'intérieur de la ville. En quelques
instants, les hauts murs de pierre rouge n'étaient plus qu'un monceau de
ruines d'où s'élevait la fumée noire des incendies. Puis, des murs brisés est
sortie la population, hommes, femmes, enfants, ensanglantés et criant. Ils ont
empli la vallée du fleuve, s'éloignant de la mer le plus vite qu'ils pouvaient,
en proie à la panique.
La flamme courte a brillé plusieurs fois au bout des canons du croiseur
Cosmao, et le bruit déchirant des obus qui éclataient dans la Kasbah d'Agadir a
retenti sur toute la vallée du fleuve Souss. La fumée noire des incendies est montée
haut dans le ciel bleu, couvrant de son ombre le campement des nomades.
Alors les guerriers à cheval de Moulay Sebaa, le Lion, sont apparus. Ils
ont traversé le lit du fleuve, se repliant vers les collines, devant les
habitants de la ville. Au loin, le croiseur Cosmao était immobile sur la mer
couleur de métal, et ses canons se sont tournés lentement vers la vallée où
fuyaient les gens du désert. Mais la flamme n'a plus brillé au bout des canons.
Il y a eu un long silence, avec seulement le bruit des gens qui couraient et
les cris des bêtes, tandis que la fumée noire continuait à monter dans le ciel.
Quand les soldats des Chrétiens sont apparus devant les remparts brisés de
la ville, personne n'a compris tout de suite qui ils étaient. Peut-être même
que Moulay Sebaa et ses hommes ont cru un instant que c'étaient les guerriers
du Nord que Moulay Hafid, le Commandeur des Croyants, avait envoyés pour la
guerre sainte.
Mais c'étaient les quatre bataillons du colonel Mangin, venus par marche
forcée jusqu'à la ville rebelle d'Agadir - quatre mille hommes vêtus des
uniformes des tirailleurs africains, sénégalais, soudanais, sahariens, armés de
fusils Lebel et d'une dizaine de mitrailleuses Nordenfeldt. Les soldats se
sont avancés lentement vers la rive du fleuve, se déployant en demi-cercle,
tandis que, de l'autre côté du fleuve, au pied des collines caillouteuses,
l'armée des trois mille cavaliers de Moulay Sebaa a commencé à tourner sur
elle-même en formant un grand tourbillon qui soulevait la poussière rouge dans
le ciel. A l'écart du tourbillon, Moulay Sebaa, vêtu de son manteau blanc,
regardait avec inquiétude la longue ligne des soldats des Chrétiens, pareille à
une colonne d'insectes en marche sur la terre desséchée. Il savait que la
bataille était perdue d'avance, comme autrefois à Bou Denib, quand les balles
des tirailleurs noirs avaient fauché plus d'un millier de ses cavaliers venus
du Sud. Immobile sur son cheval qui tressaillait d'impatience, il regardait
les hommes étranges qui avançaient lentement vers le fleuve, comme à
l'exercice. Plusieurs fois, Moulay Sebaa a essayé de donner l'ordre de la
retraite, mais les guerriers des montagnes n'écoutaient pas ses ordres. Ils
poussaient leurs chevaux au galop dans cette ronde frénétique, ivres de
poussière et de l'odeur de la poudre, poussant des cris dans leur langue
sauvage, invoquant les noms de leurs saints. Quand la ronde s'achèvera, ils
bondiront vers le piège qui leur est tendu, ils mourront tous.
Moulay Sebaa ne pouvait plus rien, à présent, et des larmes de douleur
emplissaient déjà ses yeux. De l'autre côté du lit du fleuve desséché, le
colonel Mangin a fait disposer les mitrailleuses à chaque aile de son armée,
en haut des collines de pierres. Quand les cavaliers maures chargeront vers le
centre, au moment où ils traverseront le lit du fleuve, le tir croisé des
mitrailleuses les balaiera, et il n'y aura plus qu'à donner le coup de grâce, à
la baïonnette.
Il y a eu encore un silence lourd, tandis que les cavaliers s'étaient
arrêtés de tourner sur la plaine. Le colonel Mangin regardait avec ses
jumelles, essayait de comprendre est-ce qu'ils n'allaient pas battre en retraite,
à présent ? Alors, il faudrait marcher à nouveau pendant des jours, sur cette
terre désertique, au-devant de cet horizon qui fuit et désespère. Mais Moulay
Sebaa restait immobile sur son cheval, parce qu'il savait que la fin était
proche. Les guerriers des montagnes, les fils des chefs de tribu étaient venus
ici pour combattre, non pour fuir. Ils s'étaient arrêtés de tourner pour prier,
avant l'assaut.
Ensuite, tout s'est passé très vite, sous le soleil cruel de midi. Les
trois mille cavaliers ont chargé en formation serrée, comme pour une parade,
brandissant leurs fusils à pierre et leurs longues lances. Quand ils sont
arrivés sur le lit du fleuve, les sous-officiers commandant les mitrailleuses
ont regardé le colonel Mangin qui avait levé son bras. Il a laissé passer les
premiers cavaliers, puis, tout à coup, il a baissé son bras, et les canons
d'acier ont commencé à tirer leur flot de balles, six cents à la minute, avec
un bruit sinistre qui hachait l'air et résonnait dans toute la vallée,
jusqu'aux montagnes. Est-ce que le temps existe, quand quelques minutes
suffisent pour tuer mille hommes, mille chevaux ? Quand les cavaliers ont
compris qu'ils étaient dans un piège, qu'ils ne franchiraient pas ce mur de
balles, ils ont voulu rebrousser chemin, mais c'était trop tard. Les rafales
des mitrailleuses balayaient le lit du fleuve, et les corps des hommes et des
chevaux ne cessaient de tomber, comme si une grande lame invisible les
fauchait. Sur les galets, des ruisseaux de sang coulaient, se mêlant aux
minces filets d'eau. Puis le silence est revenu, tandis que les derniers
cavaliers s'échappaient vers les collines, éclaboussés de sang, sur leurs
chevaux au poil hérissé par la peur.
Sans hâte, l'armée des soldats noirs s'est mise en marche le long du lit du
fleuve, compagnie après compagnie, avec, à sa tête, les officiers et le colonel
Mangin. Ils sont partis sur la piste de l'est, vers Taroudant, vers Marrakech,
à la poursuite de Moulay Sebaa, le Lion. Ils sont partis sans se retourner sur
le lieu du massacre, sans regarder les corps brisés des hommes étendus sur les
galets, ni les chevaux renversés, ni les vautours qui étaient déjà arrivés sur
les rives. Ils n'ont pas regardé non plus les ruines d'Agadir, la fumée noire
qui montait encore dans le ciel bleu. Au loin, le croiseur Cosmao glissait
lentement sur la mer couleur de métal, prenait le cap vers le nord.
Alors le silence a cessé, et on a entendu tous les cris des vivants, les
hommes et les animaux blessés, les femmes, les enfants, comme un seul
gémissement interminable, comme une chanson. C'était un bruit plein d'horreur
et de souffrance qui montait de tous les côtés à la fois, sur la plaine et sur
le lit du fleuve.
Maintenant, Nour marchait sur les galets, au milieu des corps étendus. Déjà
les mouches voraces et les guêpes vrombissaient en nuages noirs au-dessus des
cadavres, et Nour sentait la nausée dans sa gorge serrée.
Avec des gestes très lents, comme s'ils sortaient d'un rêve, les femmes,
les hommes, les enfants écartaient les broussailles et marchaient sur le lit du
fleuve, sans parler. Tout le jour, jusqu'à la tombée de la nuit, ils ont porté
les corps des hommes sur la rive du fleuve, pour les enterrer. Quand la nuit
est venue, ils ont allumé des feux sur chaque rive, pour éloigner les chacals
et les chiens sauvages. Les femmes
des villages sont venues, apportant du pain et du lait caillé, et Nour a mangé
et bu avec délices. Il a dormi ensuite, couché par terre, sans même penser à la
mort.
Le lendemain, dès l'aube, les hommes et les femmes ont
creusé d'autres tombes pour les guerriers, puis ils ont enterré aussi leurs
chevaux. Sur les tombes, il ont placé de gros cailloux du fleuve.
Quand tout fut fini, les derniers hommes bleus ont
recommencé à marcher, sur la piste du sud, celle qui est si longue qu'elle
semble n'avoir pas de fin. Nour marchait avec eux, pieds nus, sans rien d'autre
que son manteau de laine, et un peu de pain serré dans un linge humide. Ils
étaient les derniers Imazighen, les derniers hommes libres, les Taubalt, les
Tekna, les Tidrarin, les Aroussiyine, les Sebaa, les Reguibat Sahel, les
derniers survivants des Berik Allah, les Bénis de Dieu. Ils n'avaient rien
d'autre que ce que voyaient leurs yeux, que ce que touchaient leurs pieds nus.
Devant eux, la terre très plate s'étendait comme la mer, scintillante de sel.
Elle ondoyait, elle créait ses cités blanches aux murs magnifiques, aux coupoles
qui éclataient comme des bulles. Le soleil brûlait leurs visages et leurs
mains, la lumière creusait son vertige, quand les ombres des hommes sont
pareilles à des puits sans fond.
Chaque soir, leurs lèvres saignantes cherchaient la
fraîcheur des puits, la boue saumâtre des rivières alcalines. Puis, la nuit
froide les enserrait, brisait leurs membres et leur souffle, mettait un poids
sur leur nuque. Il n'y avait pas de fin à la liberté, elle était vaste comme
l'étendue de la terre, belle et cruelle comme la lumière, douce comme les yeux
de l'eau. Chaque jour, à la première aube, les hommes libres retournaient vers
leur demeure, vers le sud, là où personne d'autre ne savait vivre. Chaque jour,
avec les mêmes gestes, ils effaçaient les traces de leurs feux, ils enterraient
leurs excréments. Tournés vers le désert, ils faisaient leur prière sans
paroles. Ils s'en allaient, comme dans un rêve, ils disparaissaient.
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| ce livre decris les massacres qui ont commis par le général brulard et son collaborateur colonel mangin,un vrai génocide envers les amazighs |
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| J.M.G Le Clézio l'auteur de livre Le désert |
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| LE CRIMINEL Colonel CHARL MANGIN notre pire ennemie CE FILS DE PUTE A MASSACRE LES CHLEUHS avec ces négres |
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| le criminel Jean Marie Joseph Armand Brulard (Besançon 1856-1923) est un général de division français ce fils de pute a massacré les cleuhs (nos ancetres) avec les négres africains |
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صرخة ألأمازيغ ألأحرار



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